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Auteur
A vos plumes!
Fauvette Bxl
Cisticolidae
  
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Église : Rapporteur de la foi
Nous a rejoints le : 02 Juil 2009
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Réside à : Bruxelles
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Rédigé, il y a bientôt trente ans (au temps où j'étais chef de groupe/unité guide) et malheureusement complété le mois dernier :

" Et les pages tournent : novembre et sa froidure ; décembre, la St Nicolas, les examens, Noël .

De ces deux mois de réunions, ou plutôt du petit mois de réunion qui suit la Toussaint et précède les examens (période éprouvante tant qu’honnie par moultes générations de guides et de scouts, vu qu’elle remet à janvier les folles parties de luge au Bois de la Cambre), mon principal souvenir est cette odeur de cuir mouillé et de feu de bois dans laquelle nous essayions tant bien que mal (et souvent en vain) de nous réchauffer de nos rires et de nos chants . Un bon feu de bois est indispensable pour entretenir l’ambiance d’une veillée, lirez-Vous dans le Trèfle et autres canards spécialisés . On voit bien que les gens du Carrick ne s’invitent jamais aux réunions hivernales, car, en général, du feu de bois, ou bien Vous n’en avez pas et il ne Vous reste plus qu’à Vous blottir les unes contre les autres en chantant « la bataille de Reischoffen », ou bien Vous possédez cette petite merveille de la technique préhistorique et Vous voilà transformées en jambon d’Ardenne surgelé, car la fumée et l’éventuelle chaleur du machin s’échappant par toutes les issues et autres carreaux cassés du local, il ne Vous reste plus, frigorifiées et en pleurs, qu’à sortir par la cheminée, tant l’atmosphère est intenable (ceci dans l’éventuelle hypothèse où, ce feu, Vous soyez parvenues à l’allumer, ce qui n’est pas toujours évident) . Dans la compagnie d’à côté, elles ont reçu un nouveau poêle à mazout après la fête d’unité ; c’est pas mieux ! Non seulement, seuls le chef ou le secrétaire de l’unité scoute sont capables de l’allumer, mais ça coule de partout, c’est sale, ça sent mauvais et ça ne chauffe pas davantage ! Non, le mieux est de se trouver un local douillettement installé à côté de la chaudière du chauffage central d’une église ; c’est nettement moins poétique, mais tellement plus réconfortant ; et puis au moins, c’est pratique : on ne paye pas le combustible, on reste au local pour faire des ateliers et on apprend les nœuds pour le camp . Parce que faire des nœuds quand il gèle, comme au rallye de région d’il y a deux ans, où, par moins dix degrés, on nous faisait cavaler d’un poste à l’autre pour faire des nœuds, des jardins japonais, du modelage, ou encore du dessin de nos petits doigts tout raides et tout bleus, et en robe d’uniforme par-dessus le marché, ça coupe toute envie d’encore manger une glace jusqu’à l’été suivant .

+++

En réunion de patrouille chez Danielle qui se remet bien de notre épopée cycliste, au contraire de son vélo, nous préparons la veillée de Noël . La cheftaine nous a parlé de la dimension sociale de cette fête et nous envisageons différents projets . C’est l’animation dans un home qui a retenu notre attention, mais chacune a une idée différente : Danielle pense à une veillée, Vinciane voudrait monter une pièce de théâtre, Anne un spectacle de marionnettes, Nicole et Martine un numéro de gymnastique . Pour une fois, je n’ai pas d’idées, mon œil au beurre noir me fait mal et j’ai encore le genou raide ; les béquilles de Danielle sont posées contre son lit ; Anne, Nicole et Martine arborent ça et là des traces de mercurochrome ; vraiment, nous avons belle allure ! Seule Vinciane, à son habitude, parait indemne, bien qu’amaigrie et très pâle, car les examens approchent et qu’une fois de plus, elle bûche ferme . Vu notre état physique, théâtre et gymnastique sont postposés à la prochaine fête d’unité et nous décidons de plutôt monter un spectacle de marionnettes avec chants . Reste à en trouver le sujet, mais, de toute manière, le spectacle ne peut dépasser une heure, car toutes les patrouilles sont attendues au local à 18h00, le 20 décembre, pour ensemble terminer la veillée . En regardant les ouvrages de la collection « Signe de Piste » de la bibliothèque placée juste à côté du lit de Danielle, je trouve un livre intitulé « Calendal, contes de Noël pour les petits et les grands », il s’agit d’un recueil de Noëls provençaux avec chants . Après l’avoir feuilleté, je le tends à Danielle qui me dit : « j’y avais pensé, mais les chants sont trop difficiles, il faudrait en choisir d’autres ; cependant, il faut que tout le monde soit d’accord » . Le livre passe de main en main ; Anne regarde la table des matières, Nicole, les dessins, Martine aussi, puis elle le passe à Vinciane qui le consulte plus longuement pendant que Danielle demande l’avis de chacune et le matériel dont nous disposons . Elle a dans sa cave un grand théâtre qui a déjà plusieurs fois servi à ses frère et sœurs ; reste à choisir le texte et à trouver les marionnettes . Tout le monde approuve le projet, Danielle et moi, Anne, Nicole, Martine et enfin Vinciane que je tire de sa lecture en lui lançant le nounours en peluche de Danielle : « Oui, et je crois même que j’ai trouvé le texte », dit-elle en me relançant l’animal promptement récupéré par notre C.P. qui le remet sous ses couvertures, auprès de ses autres enfants . « C’est l’histoire de la fille d’un seigneur provençal qui part à la cour du suzerain de son père, très loin de chez elle, pour y apprendre ce qu’elle doit connaître, mais elle s’ennuie, seule avec sa nourrice et sa jument, alors, dès qu’elle le peut, elle parcourt la campagne à cheval et finit par se lier d’amitié avec un petit berger, lui aussi loin de chez lui ... » . Ce conte plait à toutes et pendant que je dresse la liste des marionnettes qu’il nous faut, ainsi que de celle que nous avons, Danielle empoigne son chansonnier et sa guitare pour noter :
- Les adieux du père à sa fille : « Dans le soir d’or »
- La fille qui s’ennuie au château du suzerain : « La Daubigny »
- La rencontre avec le berger : « beaucoup de mes amis sont venus des nuages »
- Le cheminement vers l’église dans la nuit de Noël : « Peuple fidèle »
- La messe de minuit au village : « Entre le bœuf et l’âne gris »
- La fête de Noël au château du suzerain : un Noël de Daquin (prévoir le disque)
- Le retour vers les siens : « Beaux yeux » (canon)
- Les retrouvailles : « Plus de joie, plus de Lumière »
En une bonne demi-heure tout est réglé : Vinciane composera le texte, parties lues extraites du livre et scènes jouées ; elle fera le récitant . Anne et Martine se chargeront des décors : un intérieur de château, une entrée de village, la campagne de jour et la même de nuit . Nicole préparera les marionnettes : une jeune fille, un jeune berger, un vieux seigneur et une nourrice, qu’elle maniera avec Anne et Martine ; on fabriquera une tête de cheval en carton avec une baguette en bois pour la tenir ; les autres personnages seront peints sur des cartons collés sur des chevalets et disposés en fonction des scènes . Moi, puisque Danielle est encore peu valide, j’irai trouver la directrice du home pour lui expliquer notre projet et voir avec elle ce qu’il nous faut . Première répétition dans quinze jours !

Pour une fois, tout fut prêt et notre spectacle un réel succès ! Durant le goûter qui suivit, nous reprîmes en chœur avec les pensionnaires, tous les vieux chants de Noël, si bien que rejoignîmes le local de compagnie pour la veillée, avec une bonne demi-heure de retard, mais de la chaleur plein le cœur . Pour une fois, personne ne se permit de nous demander si nous étions venues à vélo, comme chaque fois que l’une des Biches arrivait en retard à une réunion, depuis nos mésaventures cyclistes . L’esprit était à la fête et chaque patrouille dut donner une nouvelle représentation de son spectacle en présence du staff d’unité arrivé sur ces entrefaites avec un carton de cidre et des tartes aux pommes .

Il était vingt-deux heures bien sonnées quand nous nous quittâmes à regret, jusqu’à ? l’année suivante . Avec Vinciane, je raccompagnai Danielle, qui boitait encore un peu, jusque chez elle ; mais nous n’avions pas envie de nous quitter comme cela, alors nous sommes montées jusqu’à sa chambre et, le cidre et la guitare aidant, nous avons pillé les carnets de chants jusqu’à minuit : « Buvons encore, une dernière fois, à l’amitié, l’amour, la joie . Il faut fêter nos retrouvailles . Ca m’fait d’la peine mais il faut que je m’en aille » .

+++

Avec les fêtes, une année civile s’est encore écoulée . Janvier est là . Je pense avec nostalgie aux photos qui jaunissent dans mes tiroirs, à celles qui nous ont précédées aux Biches et parfois jusque dans la mort, à celles qui viendront après nous, lorsque nous serons cheftaines à notre tour, et même plus tard, qui sait, épouses et mamans . De ce que nous avons vécu ensemble, que nous reste-t-il, des souvenirs, un cahier, quelques dessins et photos, un cœur trop plein, avec des passages à vide heureusement emportés dans le tourbillon de nos activités . Bientôt trois ans que Pauline nous a quittées, trop tôt, bêtement, et, avec elle, l’espoir d’une vie, d’un couple, d’êtres qui se chérissaient ? Le temps passe et nous restons ! Une guitare s’est tue et celle de Danielle est restée silencieuse bien longtemps ? Certains cherchent à s’étourdir, d’autres à regarder la réalité en face après s’être saoulés de souvenirs, mais les vides ne se comblent pas et, de temps à autre, le soir, au coin du feu, reviennent sous nos pas : un chant, un rire, une phrase lue dans un livre ? « Nous méritons toutes nos rencontres, écrivait Mauriac, elles nous sont accordées par le destin et ont une signification qu’il appartient à nous seuls de déchiffrer » . Combien de fois, n’ai-je essayé, en fin de veillée, d’interroger Dieu au travers de la nuit ; sa seule réponse a toujours été le battement de mon cœur dans ma poitrine et la respiration paisible des autres guides endormies . Une fois cependant Danielle m’a rejointe, m’a regardée et s’est assise contre moi dans ma couverture ; au loin grondait le tonnerre, mais ce n’était pas la pluie qui mouillait ses joues . Combien de temps m’a-t-elle serrée dans ses bras, je ne saurais le dire, mais il me semblait entendre Pauline chanter et doucement rire tout près de nous . Cette nuit-là, nous avons composé une prière pour nous et pour la patrouille :

P our que partout où nous allions
A u long de nos vies, nous laissions
U n peu de ce que nous aimons :
L ’espoir, le sourire et le bonheur
I lluminant les êtres et les cœurs
N ous T’en prions, Seigneur,
E xauce-nous et accueille la, auprès de Toi .

+++

Trente années ont passé et le sourire de Danielle à son tour s’en est allé rejoindre les étoiles . Avec Anne, Nicole, Martine et quelques autres, nous l’avons une dernière fois entourée et veillée avant de la confier à son Créateur, en espérant qu’il lui ait préparé une petite place auprès de Pauline et Bénédicte, afin qu’à nouveau le chant de leurs guitares puisse se mêler . La prière que nous avions rédigée à la lueur d’un feu qui retournait à la nuit et tant de fois récité à l’unisson aura désormais son pendant que voici :

D ieu qui nous a fait la grâce de son sourire
A ccorde nous à présent sa force d’agir
N otamment auprès des plus faibles des enfants :
I ls étaient sa vie, son souci à tout instant .
E veille-nous aux besoins de tous les humains
L es malades, comme ceux qu’affligent la faim,
L es personnes qui Te cherchent jour après jour
E t reçois la dans la plénitude de l’amour .


Puisse « Dieu qui nous voit tous ensemble et qui va nous bénir ? », puisse Dieu qui nous voit tous ensemble, un jour nous réunir . Ce n’est qu’un au revoir Lionceau !

Ossendorf - Arolsen 1982-1983

Uccle 2010 "




[ Ce message a été édité par Fauvette Bxl le 15-06-2010 à 15:39 ]
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Joseph
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Nous a rejoints le : 29 Août 2006
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Chère Gribouille, aucune autorité littéraire ne m'autorise à faire ce que je vais pourtant faire. Alors, si mon verbe t'indispose, jette-le. C'est la seule chose qu'il convient de faire. Car, évidemment, l'essentiel est que cela puisse t'aider d'une quelconque façon. C'est donc dans cette perspective et en elle seulement que se fonde le sens des mots qui vont suivre...:

Je vois que tu t'interroges sur ton style. C'est évidemment une vaste interrogation pour qui écrit (surtout que l'on est pour soi-même un critique radical). En effet, le style de manière générale est à la fois conditionné par un travail technique préalable sur lequel on a une emprise et dans lequel intervient notre talent propre. Soit! Mais en même temps il est fonction de notre vécu individuel, de notre rapport au monde. Il donne étrangement à dire ce que nous sommes sans que nous ne puissions avoir une quelconque incidence en cela. Ainsi, dans une large mesure il nous échappe alors que l'on voudrait en être pleinement maître, d'autant que ce qui nous échappe est justement ce que l'on voudrait contrôler en tout point -genèse de bien des inquiétudes... Mais c'est surtout l'appréhension, l'idée que l'on se fait de l'idée d'autrui qui est le frein principal. Elle nous pousse justement à vouloir absolument connaître la pensée de celui qui nous lit, savoir si l'on a bien fait, réussi en définitive. On se dit, en guise de justification, que savoir cela nous aiderait à progresser. Et pourtant, on hésite à poser la question: A la fois on redoute la critique qui viendrait remettre en question tout l'édifice établi et on anticipe la réponse mielleuse qui n'apporte qu'une satisfaction imparfaite: Le principe du grand écart mu par la crainte et la fierté (Je parle en connaissance de cause pratiquant une écriture expérimentale et donc largement hermétique. J'ai toujours cette peur de l'incompréhension fondamentale). Alors, la première chose qu'il faut que tu te demandes c'est pourquoi et pour qui tu écris (Par nécessité? Pour partager ta passion? Pour faire fructifier ton talent? En vue de combler le vide de soirées trop fades? -liste non exhaustive bien sûr! Sourire ). La finalité de ton acte, une fois nommée, te permettra d'éloigner en parti un certain nombre de vaines angoisses. Par exemple, si tu écris dans la perspective de faire tourner tes textes à des amis proches histoire qu'ils prennent du bon temps, je ne pense pas que tu aies besoin de te soucier de ton style. De fait, ce qui va importer sera avant tout la structure narrative de ton texte qui devra être probablement toute en tension afin de les captiver. Si tu réussis en cela, ils penseront que ton style est parfait même si syntaxe, grammaire, conjugaison sont defficientes (c'est d'ailleurs clairement ce que l'on voit dans les livres pour enfants aujourd'hui). L'action leur suffira d'autant que l'on est bizarrement dans une perspective purement visuelle en ce moment. Si c'est lent, même avec un style absolu, tu ne feras pas recettes. (c'est d'ailleurs fort bien résumé de la sorte par Ecureuil Bondissant: «  à partir du moment où l'histoire est cool, où il y a un peu de subtilité dans les caractères, les réactions etc... (comme ici), personne ne demande du Victor Hugo ou du Zola! »).

- D'un point de vue stylistique pur, je pourrais te reprocher l'utilisation trop récurrente au début de ton premier chapitre de l'auxiliaire avoir qui fait de ton incipit une longue énumération. Effectivement, il commence in medias res (c'est à dire, je précise au cas où, au coeur de l'action et une telle amorce n'est pas anodine). Mais ce choix a plus pour vocation -même si il n'y a pas de règles préétablies- de voiler une part de l'action antérieure au commencement de ton récit plutôt que l'inverse. Ainsi, en amorçant ton texte par « Manon marchait. Encore, toujours, elle marchait », spontannément nombre de questions viennent frapper la lecteur: Qui est Manon, pourquoi marche-t-elle...? Et tout de suite, tu nous expliques tout dans le menu détail répondant ainsi à des questions que l'ont venait tout juste de formuler alors qu'en optant pour le contraire, en te focalisant sur sa marche où sur ce qui l'entoure (ou je ne sais quoi d'autre encore) tu aurais pu ménager interrogation et suspens en diffusant progressivement ces informations méconnues.

- Evite, je pense, le recours au technolecte surtout si tu ne le fais pas de manière récurrente -genre: « prim'holstein » qui est une référence vraiment en décalage avec le reste de ton texte.

- Travaille l'enchainement de tes phrases pour parvenir à plus de fluidité. Par exemple « Puis, comme l’été approchait, elle s’était résolue [...] à donner des tours de cirque [...] Elle avait vécu de charité pendant trois ou quatre mois, puis elle avait survécu pendant de longs mois. Enfin, elle avait décidé de partir [...] » Il y a quelque chose de laborieux à la fois dans les répétitions et dans les amorces de phrase par le biais de tes adverbes de transition.
Voici quelques suggestions: « Puis comme l'été approchait » => l'été approchant. Certes ce n'est plus exactement le même sens car la perception est différente, mais bon... « pendant trois ou quatre mois, puis elle avait survécu pendant de longs mois » => pendant trois ou quatre mois auxquels succédèrent les jours terribles de la faim...

- Evite la juxtaposition de registres trop distincts: « subjuguée par le charme presque féerique du paysage. Elle oubliait ses ampoules aux pieds, ses petites baskets de toile usées, son blouson de daim trop chaud ou trop froid » -les ampoules contrastes trop avec la notion de féérie qui est ici nommée mais qui gagnerait, je pense, à être développée.

Tu vois bien qu'il ne s'agit à chaque fois que de détails, mais les premières lignes d'un texte doivent être ciselées. Elles sont déterminantes quant au regard que va poser le lecteur sur ton travail.
Ce qui est sûr, c'est que tu as un talent certain pour tracer des intrigues intéressantes et valables. Appuie toi là dessus!

FSS
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popeye
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Nous a rejoints le : 25 Oct 2001
Messages : 278
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Bonjour, J'aimerais proposer un autre texte. J'espère qu'il ne vous paraîtra pas trop long. Normalement, il y a des notes de bas de page pour les mots peu connus. Ici, c'était difficile de les mettre. C'est l'histoire d'une bande de pionniers soviétiques devant survivre pendant le siège de Sébastopol en 1942-43. Il vont se retrouver dans des aventures en découvrant une boite dissimulée dans une grotte. Il y sera question de valeurs du scoutisme transmises par un ancien scout russe devenu franciscain et de valeurs de fraternité et d'amitié. La devise de Pionniers : Vsega Botov (toujours prêts) et celle des scouts Russes Bud Gotov (être prêts).
PS : J'ai bien aimé les textes de Belette-Gribouille. Dès que je peux, je reviendrai les lire plus attentivement.

CHAPITRE PREMIER
Dans l'antre des enfers
Deux rats venaient de filer dans la galerie. Dehors, un
grondement lancinant, quasiment continu, se faisait entendre et le
sol en même temps vibrait de façon sporadique. À la vérité, Iouri
n’y faisait pratiquement plus attention tant il était écrasé de
fatigue. Il sursautait cependant, de temps en temps, chaque fois
que se produisaient des explosions plus proches ou plus fortes.
Alors, on sentait tout vibrer dans la grotte et de la poussière
envahissait son refuge. On eut dit qu’elle était saupoudrée de la
voûte. En vérité de nombreux fragments de calcaire en tombaient
de même,... et tout cela durait depuis des jours et des nuits.
C’était à devenir fou !
Dès qu’un moment de répit le lui permettait, le garçon
tentait de dormir un peu. Si l’accalmie se prolongeait, celui-ci se
dépêchait de sortir afin d’aspirer de larges goulées d’air frais, puis
d’essayer de dénicher de quoi tromper sa faim.
Parfois, Iouri se demandait ce que devenait Ievgueni, son
meilleur copain. Cela faisait près de huit jours à présent qu’il n’en
avait plus eu la moindre nouvelle.
- Il se peut bien qu’il soit au nombre des victimes, imagina-
t-il à haute voix.
Celles-ci se comptaient désormais par milliers depuis le
début du siège.
- Il y a bien huit mois que ces maudits Fritz encerclent la
ville et tous les environs, s’exclama-t-il alors qu’il n’avait d’autre
interlocuteur que lui-même.
Au début, leur attaque avait été promptement repoussée.
Iouri Zourov en était émotionné chaque fois qu’il y repensait. Son
père y avait perdu la vie. C’était au moment décisif, en pleine
action de contre-attaque alors qu’il était à la tête de son
détachement,... fauché par un fusil-mitrailleur ennemi.
Dès le mois de novembre 41, les assaillants s’étaient
installés pour assiéger la ville et tantôt les bombardements
d’artillerie, tantôt les attaques aériennes, avaient englouti peu à
peu des quartiers entiers. Depuis cet hiver-là, Iouri n’avait plus eu
la moindre nouvelle de sa mère. Il lui semblait qu’elle s’était
volatilisée. Olga Nicolaïevna Zurova n’avait plus donné le
moindre signe de vie. Le pauvre avait longuement parcouru la
ville à sa recherche. Hélas, personne ne l’avait vue. Leur maison
n’était d’ailleurs plus qu’un tas de gravats. C’est ainsi que le
garçon s’était réfugié dans la datcha de son grand-père. Datcha !
C’était un bien grand mot car il s’agissait plutôt d’un petit
cabanon de planches adossé sur le bord d’un mamelon rocheux
juste à l’entrée d’une anfractuosité. Bien avant la guerre, il se
trouvait que Dedouchka et Babouchka1 cultivaient près de là
quelques légumes. À présent, les herbes folles avaient envahi
totalement le jardinet. Les grands-parents s’en étaient allés se
réfugier sur la côte, aux environs d’Alushta, persuadés qu’ils y
seraient plus en sécurité.
Le calme était enfin revenu. Iouri savait que cela n’allait pas
durer. C’est ainsi qu’il s’était précipité vers la route en contrebas,
dénommée Laboratornoe shosse, car il y avait remarqué depuis
plusieurs jours une épave de Poloutorka mitraillée par des
Stukas.
- Allons-y ! commanda-t-il,... en fait pour s’encourager.
De plus en plus, il se parlait de la sorte et cela lui permettait
de tromper sa solitude. Il n’avait pas le moindre compagnon, ce
qu’il avait du mal à supporter. L’incertitude à propos de la
disparition de sa mère était plus difficile encore à vivre. Iouri
souffrait terriblement de s’être retrouvé seul au monde et le
pauvre aurait depuis longtemps sombré dans le désespoir s’il
n’avait su que plusieurs de ses copains se trouvaient terrés, eux
aussi, non loin de là. Dès que la situation le permettrait, le garçon
s’était juré d’aller les voir.
En sautant de rocher en rocher pour ne pas se faire tirer
comme un lapin par des sentinelles, Iouri se faufila lestement
jusqu’à l’endroit repéré, s’assurant qu’il n’y avait pas la moindre
âme qui vive, et se glissa prestement sous la bâche. Il n’y trouva
que des caisses éventrées contenant les débris tordus de quelques
Peh-Peh-Shah, ces fusils-mitrailleurs appelés plus familièrement
Shpagin roteurs. Un peu déçu, le garçon s’en retournait déjà
quand son regard fut attiré par une musette en toile abandonnée
dans le fossé. Celle-ci contenait quelques victuailles : un morceau
de pain noir en partie moisi, quelques pommes de terre ainsi
qu’un poisson séché déjà rempli de vers. Il s’en empara vivement,
puis il escalada la paroi du ravin jusqu’à son refuge. En grimpant,
Iouri se dit qu’il lui faudrait sans tarder confectionner des pièges
et les poser dès la prochaine accalmie.
Dans la cabane aux planches assez largement disjointes, il
retrouva sans grand plaisir un logis totalement dépourvu de
confort au sol encombré de gravats. Dans un coin se trouvait sa
table branlante éclairée par une fenêtre aux vitres cassées. Comme
elle était couverte de poussière, il en balaya la nappe élimée du
revers de la manche et versa dessus le contenu de la musette.
Avec une certaine avidité, Iouri dévora le morceau de pain,
grignotant dans le même temps le poisson débarrassé de ses
habitants tout en se promettant de cuire les pommes de terre
aussitôt qu’il en aurait le temps. Par chance, il avait encore de
l’eau dans un bidon. Le réchaud qu’il s’était confectionné ferait
l’affaire. Un autre voyage au camion lui permettrait certainement
de récupérer de l’huile en dessous du moteur afin de l’alimenter.
C’était comme cela qu’il pouvait se faire un peu de cuisine et
c’est ainsi qu’il avait rôti quelques jours auparavant les restes
dépecés d’un rat.
D’autres fois, le garçon rapportait des butins inattendus de
ses expéditions dans les ruines à Korabelnaïa5. Il avait déniché par
exemple un stock de bocaux de cornichons, de tomates et de
poivrons en conserves. Étonnamment, ceux-ci se trouvaient
presque tous intacts.
Au cours d’une autre expédition de ce genre, il avait
découvert une babouchka presque entièrement couverte de
gravats. Iouri s’était empressé de la sortir de là. Par chance, elle
n’avait rien de cassé.
- Brave petit ! lui avait-elle dit. Alexandra Petrovna Pilevina
te revaudra ça. Je te le promets.
- As-tu ce qu’il te faut pour dormir, camarade Pilevina ? lui
avait demandé Iouri. Si tu as besoin, viens chez moi !
La babouchka l’avait remercié. Celle-ci semblait savoir où
s’abriter. Depuis, Iouri n’avait plus revu la vieille femme. Il se
demandait souvent ce qu’elle était devenue.
- Quel âge a-t-elle donc ? imagina-t-il. Est-elle plus vieille
que Babouchka ?
- Sans doute ! se répondit-il. À moins qu’elle soit moins
âgée qu’elle ne paraît.
Cela se pouvait tant les conditions de vie qu’ils
connaissaient depuis des mois se révélaient épouvantables.
Profitant de l’accalmie, des troupes étaient montées vers les
avant-postes. Il s’agissait de fusiliers marins qui venaient du
Bastion N°3. Ceux-ci s’en allaient relever leurs camarades en
position sur les secondes lignes de défense. Ils étaient
habituellement retranchés dans ce fort qui datait en réalité du
siège de 1854-55 et se situait à moins de 800 mètres en direction
du faubourg. Ainsi, Iouri dans son repaire était au beau milieu
d’une sorte de no man’s land.
Les soldats relevés passèrent à leur tour en sens inverse un
peu plus tard. Ils paraissaient exténués. Ces derniers n’avaient
sûrement pas rejoint leurs casemates quand on entendit les
sifflements caractéristiques et les explosions d’une volée d’obus
nouvelle. Ainsi, la canonnade avait repris. Celle-ci prit très vite
une ampleur inhabituelle. Elle augmentait sensiblement
d’intensité tandis que des coups plus sourds se faisaient entendre
et ceux-ci faisaient trembler le sol. On eut dit les coups d’un
marteau géant.
Iouri ne demanda pas son reste. À treize ans, le courage est
souvent vrai, mais généralement pas au point d’en être téméraire.
Il se précipita dans la cabane et se dirigea vers le fond pour se
mettre à l’abri dans la grotte. Ainsi passa-t-il à côté d’un éclat de
glace accroché sur le mur et qui servait de miroir. Il remarqua
fugitivement son visage émaciés par les privations tout autant que
par l’insomnie. De plus, il observa qu’il était sale et que les creux
de ses traits s’en trouvaient d’autant plus accentués. Du fait de la
crasse, on n’aurait pu qu’être touché par ses grands yeux gris bleu
dans un effet de contraste impressionnant. Ses cheveux roux tout
ébouriffés se trouvaient poudrés de poussière blanchâtre et cela
lui donnait presque une apparence de spectre.
À la vérité, Iouri se demanda s’il s’agissait bien de son
visage. En fait, sa propre vue lui fit peur. Où était-il à présent, le
vrai Iouri Zurov, le Iouri Zurov enjoué qui se donnait à fond, qui
savait si bien entraîner les autres au temps des camps de
pionniers ? Des sensations d’angoisse à présent commençaient à
le tenailler. Ce n’était pas le moment de lâcher prise ! Il fallait se
ressaisir. Une explosion proche aida le garçon qui sembla se
reprendre. Sans plus réfléchir, il se précipita dans l’antre que
formait la grotte et courut jusqu’au fond.
Iouri s’était à peine installé sur le matelas qui se trouvait-là
qu’une épouvantable déflagration se produisit. Cela lui fit l’effet
d’un violent coup de poing dans le ventre. Il suffoqua sous le
choc. La terre avait semblé se soulever. De larges morceaux de la
paroi s’effondrèrent et, dans une fraction de seconde, il pensa
qu’il serait enterré vivant.
Par chance, il n’arriva rien de tel. On n’y voyait plus rien
dans la nuée de poussière et cependant Iouri savait qu’il allait
pouvoir sortir de là. Malgré tout, ce qui venait de se passer
dépassait en puissance absolument tout ce qui s’était produit
jusqu’alors.
Il y avait des moments, comme cette fois dans le vacarme
des déflagrations, parmi les trépidations du sol, ou Iouri se sentait
effrayé de manière irrépressible. Il l’était d’autant plus que son
réflexe aurait été naturellement quelques années plus tôt de se
précipiter dans les bras de sa mère. À tout le moins, cela l’aurait
rassuré, n’en doutons pas ! Plusieurs fois, le pauvre avait senti
monter la panique. Il s’était alors précipité vers l’extérieur où
d’autres explosions l’avaient immédiatement refoulé jusqu’au
fond. La peur était souvent sa compagne et pour l’oublier, Iouri se
perdait dans ses pensées chaque fois que le désoeuvrement forcé
par les bombardements ne lui laissait pas d’autre alternative.
Iouri tentait d’oublier l’enfer en concentrant son esprit sur
des souvenirs agréables : la cueillette des cerises, au-delà du mont
Vorontsov, ou les baignades au creux des criques ouvertes sur la
Mer Noire. Il se disait qu’il faudrait pouvoir se projeter dans la
tête un film aussi plaisant que ceux qu’on leur montrait au camp
des pionniers. L’un de ceux qu’il avait préférés leur avait présenté
l’histoire du grand prince Alexandre Nevski. C’était un film assez
récent qui signifiait que l’Union Soviétique allait repousser les
descendant des chevaliers teutoniques, ces fous de guerre nazis,
tout comme l’avait fait ce prince. Il se souvenait aussi du
Cuirassé Potemkine aussi réalisé par Sergeï Eisenstein et de
Pyshka de Mikhail Roman.
En vérité, c’était une époque heureuse, à considérer les
temps présents. Les feux de camp, les grands jeux dans la
montagne où l’on devait courir après les « ennemis du
socialisme » étaient des occasions de se dépenser sans compter,
mais aussi sans souci, loin des leçons de politique imposées par le
parti. Cela n’empêchait pas que tout le monde aime le camarade
Staline. On l’aimait tout autant qu’on le craignait. C’était le petit
père du peuple. Iouri se prit à sourire en revoyant dans son esprit
le pauvre soldat sinon le matelot préposé au rôle de méchant
capitaliste et qui devait se cacher dans les broussailles afin
d’échapper à la horde joyeuse de ces diables de pionniers
soviétiques. Au rassemblement du matin, juste après le « Vsegda
Botov », on découvrait les activités de la journée que le Vojatiy
présentait. Garçons et filles, à ce moment-là, les attendaient sans
cacher leur excitation. Quelques fois, les pionniers devaient
entendre un récit contant les hauts-faits du camarade Lénine et
Iouri pensait chaque fois qu’il préférait de beaucoup les
projections de cinéma.
- Je pourrais me représenter quasiment la totalité du film
Alexandre Nevski, se dit-il à voix haute.
Il en voyait distinctement l’acteur principal et les fameux
chevaliers teutoniques en déroute.
Une vibration particulièrement forte ébranla la grotte à
nouveau, sortant brusquement de sa rêverie le garçon qui s’y
terrait.
- Pourquoi faut-il vivre ça gémit-il avec une expression dans
les yeux qui révélait son découragement, mais aussi de la panique.
Visiblement, l’arrivée si brusque de la guerre à Sébastopol était
pour lui totalement incompréhensible. Il en découvrait les
conséquences épouvantables et ne comprenait pas ce qui poussait
des peuples à se combattre. Il avait beaucoup de mal à réaliser
qu’en si peu de temps se soit produits des événements
dramatiques à ce point dans le fin fond de la Crimée. Pourtant, la
défense de la Mère Patrie devenait désormais pour chacun ce qui
primait sur tout. L’instinct de survie le commandait.
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